5G et Industrie X.0, un couple trop en avance pour l’Homme ?

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Par Victor TARRIUS et Juliette RABOISSON, Consultants mc2i

« Nous pensons que la 5G va bouleverser les process de fabrication […] Elle pourrait même modifier la manière dont les usines sont construites » affirme le docteur Andreas Müller, spécialiste en communication chez Robert Bosch GmbH.

Sept ans après son déploiement en Europe, la 4G est déjà sur le point de devoir céder sa place à la 5G. Déjà lancée dans plusieurs pays (Suisse, Finlande, Corée du Sud…), celle-ci devrait en effet déferler dans les grandes villes mondiales d’ici un an. Plus rapide, plus réactif, ce réseau pourrait accélérer considérablement les transferts de données. Mais la 5G, véritable catalyseur de la transformation digitale, n’est-elle pas trop en avance sur son temps ?

4G vs 5G : réelle rupture technologique ?

Afin de mesurer l’évolution et les apports de la 5G par rapport à la 4G, l’UIT (Union Internationale des Télécommunications) a défini 8 indicateurs de performances. Ces derniers ne pouvant pas tous être atteints simultanément, 3 grandes catégories d’usages ont été envisagées permettant ainsi de répondre aux besoins métiers.

Schéma : Juliette Raboisson – Consultante mc2i

À la lecture de ce tableau, on constate que les capacités de la 5G vont bien au-delà de celles de la 4G qui se trouve ainsi largement distancée.

De l’engouement à la réalité

Entre compétitivité, flexibilité et maîtrise des coûts, l’industrie 4.0 attend impatiemment le déploiement de la 5G. En effet, leur association pourrait, dans un futur proche, générer une nouvelle révolution industrielle. Un réel défi à relever par l’industrie française en manque de compétitivité face à ses voisins européens. L’industrie 4.0 et les technologies qu’elle promeut telles que le jumeau numérique, l’intelligence artificielle, la réalité augmentée/virtuelle… pourraient générer entre 6 et 8% de gains d’efficacité de production annuels. Ainsi, l’avènement de la 5G en France, à horizon 2020, pourrait être un nouveau catalyseur pour atteindre ces objectifs, comme semblent le penser nos voisins germaniques dont l’entreprise Siemens a déjà lancé, sur un de ces sites industriels, une démonstration de faisabilité de la 5G.

La majorité des entreprises du monde entier est disposée à mettre en œuvre la 5G pour les opérations dans les deux ans suivant la disponibilité des réseaux. Cependant, les opérateurs télécoms auront besoin d’au moins trois ans pour fournir tous les avantages attendus.

Vu comme un levier clé pour les industriels, après le cloud computing mais avant certaines innovations technologiques comme le machine learning, 74% des sociétés ayant des revenus annuels dépassant les 10 milliards de dollars ont l’intention d’intégrer la 5G au centre de leurs processus industriels d’ici 2022. Les entreprises, dont les revenus sont compris entre 500 millions et 1 milliard de dollars seraient, quant à elles, 57% à vouloir intégrer la 5G dans les 2 années à venir.

Ainsi, les industriels ont des attentes fortes et pressantes sur le déploiement de la 5G sur leurs sites industriels. Ces attentes sont portées par deux enjeux majeurs :

  • La connexion des infrastructures pour digitaliser l’Homme et les machines dans une dynamique d’optimisation des flux de production, et de maintenance préventive et prédictive via l’intégration de capteurs.
  • L’amélioration de l’efficacité et de la sécurité des techniciens grâce à des réseaux haut débit et ce, en maîtrisant les coûts de production. 

L’engouement des industriels, quant aux avantages de la 5G, est tel que l’on pourrait croire qu’ils sont trop confiants avant même son arrivée sur le marché. En effet, nous n’en sommes encore qu’aux prémices de cette technologie et de nombreux défis devront être relevés avant qu’elle ne soit réellement prête à être déployée à l’échelle nationale. La co-innovation entre l’industrie et les agences de télécommunications sera essentielle pour créer des modèles qui favoriseront l’adoption de la 5G.

Des étapes clés à respecter

« La 5G dans les usines, ce n’est pas pour tout de suite. ». C’est, en substance, le message de Franck Bouétard, PDG d’Ericsson France, lors du dernier Ericsson Day, le 3 octobre dernier. L’urgence dans l’industrie est donc de transformer les réseaux TETRA (systèmes de radio numérique mobile professionnels utilisés par de grands sites industriels comme les raffineries) en 4G. La 5G pourrait ensuite se rajouter aux infrastructures 4G en place, pour des usages très précis pour améliorer la latence.

Cependant, il faudra attendre le déploiement à grande échelle de la 5G en autonome, autrement dit, des réseaux 5G qui ne s’appuient pas sur les infrastructures 4G… Or, ceci n’est prévu qu’à l’horizon 2022.

Le déploiement « grand public » par les opérateurs serait donc bien trop en avance sur les domaines industriels. Cela pourrait allouer du temps pour se rendre compte du réel impact de la 5G dans le quotidien des consommateurs. Les ondes ont-elles un effet néfaste sur l’Homme ou l’environnement ambiant ? Faut-il prévenir plutôt que guérir ?

L’usine doit bénéficier d’un accès exclusif au réseau pour obtenir la qualité du service attendue, mais cette exclusivité à l’industrie n’est pas encore complètement assurée à l’heure actuelle… Cela remet donc en cause la qualité du réseau, avec une forte dépendance de la zone couverte par la 5G, et la capacité financière des industriels à pouvoir protéger leur bande passante.

Une avancée technologique mal perçue par l’Humain ?

Si l’arrivée de cette technologie excite les marchés et les consommateurs, elle a aussi suscité une levée de boucliers. Pétitions, appels pour réclamer un moratoire sur la 5G, groupes militants actifs sur les réseaux sociaux… Comme le compteur Linky en son temps, le déploiement à venir de la 5G fait craindre à ses détracteurs une catastrophe sanitaire. Qu’en-est-il ? Va-t-on vers une sorte de « 5G-scepticisme » ?

Des craintes liées à la multiplication des antennes, l’exposition aux ondes électromagnétiques (ou électro-sensibilité) ressenties par certaines personnes sont soulevées. Les équipements avancés mis en place par les industriels seraient alors rejetés par l’Homme, rétif au changement. On relève un parallèle entre le développement de la technologie d’un côté, mais un refus d’évoluer vers ces nouveaux moyens de l’autre.

L’enjeu du mieux-vivre en entreprise est, une nouvelle fois, au cœur des réflexions des directions. Les entreprises industrielles doivent s’inscrire dans une stratégie globale centrée autour de l’amélioration des conditions de travail dans et grâce à l’usine du futur. Et si l’industrie devenait plus attractive ?

Bouygues Télécom émet des pistes comme un recours généralisé à la réalité augmentée et virtuelle, une évangélisation massive des technologies digitales et une meilleure prise en compte de la pénibilité au travail. L’alliance de la 5G et de l’IoT pourraient ici faire avancer un débat qui n’existe pas encore. Exemple : le télé-pilotage d’engins à distance assurerait la sécurité des agents de terrains.

Mais alors que la 5G n’est même pas implantée dans le pays, les marques chinoises se projettent déjà sur une 6G naissante en établissant des normes technologiques. Toujours les mêmes arguments sont avancés : encore plus de puissance, moins de latence et cette fois avec un argument de terrain : la 6G dans l’espace, dans la terre, dans l’air et dans la mer… Sur fond de conquête de l’environnement dans la globalité, va-t-on à l’horizon 2030, vers des technologies trop en avance pour l’Homme ?